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SA TRANS 333 « 2007 » racontée par
Patrice Fayol
Patrice Fayol :
"Je remercie tous les sponsors qui m’ont permis de
participer à cette édition, ce sont :
GEMIDO.
Fabricant d’écran laser pour dépôt de pâte.
L’Impulsion.
Distributeur de matériel électronique à
Hérouville St Clair- 14.
CFAI & l’AEET.
Centre de formation d’apprentissage de
l’industrie
& l’amicale
des élèves de l’école technique.
Joël BENOIT.
Électricien à
Thaon
Jean-Luc POULAVEC
Librairie à Vassy
La
mairie d’Amfréville.

Objectif de cette course dans le
désert Égyptien :
Parcourir la distance de 333 kilomètres en passant par des « checks-points »** positionnés tous les 22 Km par l’organisateur de course (Alain GESTIN).

Faire cette
distance non stop en se dirigeant grâce à un GPS de poignet, dans le temps
limite de 110 heures.
** : check point : CP, point de contrôle, de
ravitaillement et de repos sous une tente Bédouine.
En cette fin d’année 2007 je vais
participer pour la troisième fois à la « Trans333 ». (2ème
en Égypte)
A cette occasion quatre
autres Bas Normands seront au départ. Originaires de la région de Lisieux. J’ai
fait la connaissance de certains d’entre eux il y a quelques semaines. Nous
nous rendons ensemble, à l’aéroport en ce vendredi 16 novembre 2007 ….. L’avion
a décollé vers 14h00. Direction le Caire.

A l’aéroport, chacun se voit
attribuer un téléphone satellite, garant de notre sécurité individuelle : il
nous permet de joindre l’organisateur Alain Gestin ou le staff médical à
partir de n’importe quel endroit du désert.
Les rations de nourriture pour toute la
course sont également distribuées avant l’enregistrement de nos bagages.
Il faut 4h30 de vol pour nous rendre au
Caire. Il y a une seule heure de décalage entre la France et L’Égypte.
Une fois débarqué et après avoir récupéré
nos bagages, nous sommes montés dans un bus qui nous a emmené vers l’Oasis de
Baharaîya. Nous y sommes arrivés vers 4h00 du matin. Certains, comme moi, n’avons
pas pu dormir lors de ce transfert.
Et après avoir récupéré les clés des
chambres, Alain Gestin l’organisateur, nous annonce un briefing pour le
lendemain 8h30 !
Voilà déjà une nuit bien courte!
Pour ce samedi, nous avions un programme bien
chargé : Petit déjeuner, briefing, enregistrement des points de passage
dans nos GPS, redistribution des téléphones satellites ; récupération de
nos drop bags, nouveau briefing …
C’est une journée stressante pour les
participants.
En effet nombreux sont ceux qui ne
connaissent pas le GPS et ceci constitue source d’incertitudes et de doutes en
vue du lendemain, jour du départ de l’épreuve.
Il y a aussi l’ultime préparation de notre
sac individuel de course ….et puis alors que le dernier briefing a lieu à 20h30,
il faut essayer d’aller se coucher le plus tôt possible car le réveil du
lendemain est fixé à 6h00. Les briefings d’Alain Gestin, c’est quelque
chose ! Il sait dynamiser son discourt et ainsi motiver l’ensemble des
participants. Chacun repart donc gonflé à bloc pour le lendemain.
Au réveil, c’est le même rituel : enfiler
la tenue de course, s’alimenter et surtout vérifier que l’on n’a rien oublié,
car le moindre oubli se paie au prix fort sur la course.
Pour ma part, c’est un rituel que je maîtrise
sans stress.
Il est vrai que j’aborde cette épreuve
avec beaucoup de sérénité.
Je l’ai gagnée voici deux ans, j’y reviens
l’esprit libre, ayant pour unique objectif de prendre du plaisir à participer
et bien entendu de terminer sans trop de bobos.
Après le petit déjeuner, pas trop
copieux, les coureurs se regroupent dans la cour.
Les tenues sont totalement différentes pour
les uns et les autres. Certains optent pour des guêtres. Quelques coureurs sont
revêtus de manches longues et de collants…copiant ainsi les options que j’avais
prises à l’édition précédente……
Cela ne me dérange absolument pas, car
contrairement à beaucoup, je communique facilement sur mes façons de faire afin
qu’ensuite, chacun puisse faire comme il l’entend. Cependant je ne donne jamais
de conseil : c’est à chacun de se faire son opinion et de voir ce qui lui
va le mieux.
Tous partent avec les lunettes de
soleil, car le soleil brille fort et la chaleur est au rendez vous, il fait environ
35°C. Certains se recouvrent la tête et d’autre non. Moi je suis partisan de
recouvrir le maximum du corps et de le protéger des rayons du soleil. Je pense
que c’est de la fatigue d’économisée.
Nous faisons une dizaine de kilomètres
en 4X4 afin de rejoindre la ligne de départ.
Et après avoir observé une minute de silence,
ultime contact spirituel avec nos proches, le coup de sifflet de l’organisateur
retenti.
Il est 9H45, il fait 30/35°C, le sable
et les roches s’étendent devant les 38 coureurs, dont trois femmes qui se lancent
pour 333km non-stop. Le départ d’une nouvelle aventure. 9H45, 30/35°C, du sable,
des roches....
C’est parti… Le désert est à nous !
Depuis deux ans, nous étions habitués à
voir quelques coureurs partir rapidement.
Mais sur cette édition, pas de
précipitation. Le départ est calme, ce qui n’est pas plus mal. Personnellement,
je prends mon train train habituel. C'est-à-dire, pas d’effort sur les premiers
kilomètres. Il faut laisser le temps au corps pour s’habituer, s’adapter.
Les foulées se font tranquilles, et petit à
petit la file des coureurs s’allonge. Après quelques kilomètres ; nous
nous retrouvons à trois coureurs aux avants postes : Un Italien
« Sergio », André Le Boulanger et moi-même.
Après avoir couru une dizaine de
kilomètres, nous arrivons dans une oasis. Il y a beaucoup de petites dunes de
sable très fin et je commence à ressentir une gêne pour courir. Je suis obligé
de laisser partir mes deux compères devant car je suis contraint de marcher.
Cela ne prête pas à conséquence à ce stade
de la course car, oui je marche, mais je marche à bonne vitesse.
Sorti de cet oasis, je ne vois plus mes
deux compagnons. Sont-ils déjà si loin ? En réalité, ils ont bifurqué trop
à gauche. Moi, je file directement sur le CP 1. En passant par un passage
intermédiaire, je me retrouve avec Philippe (un suisse). Il trottine bien, je
le suis en marchant.
Nous arrivons au CP1, l’italien est là…...
Mais André lui n’y est pas.

Je repars aussitôt après avoir avalé une
boite de ravioli et refait le plein d’eau. Je bois déjà mes deux litres et demi
d’eau entre chaque CP.
Il ne m’est toujours pas possible de
courir. Cette gêne dans la jambe droite est encore là. Elle ne me fait pas
vraiment mal, mais impossible …de courir.
Je marche donc rapidement en espérant que cela
revienne vite.
Isabelle (1ère féminine) ne tarde pas à
revenir sur moi et à me doubler de sa petite foulée. Je reste derrière elle à
quelques mètres seulement et ce jusqu’au CP 2.
À ce CP je suis cinquième, car André est présent. A
la réalité, il est bien parti trop à gauche à la sortie de l’Oasis. Et de ce
fait il a raté le CP1…….. Passage obligatoire qui permet à l’organisateur de
course de connaître la position des coureurs. André aurait dû passer au CP1 ou
tout du moins prévenir, par téléphone satellite, l’organisateur de sa dérive ;
ne l’ayant pas vu passer, celui ci avait déjà lancé des recherches. De ce fait,
dès l’arrivé d’André au CP 2, l’organisateur alerté, a affligé 1h30 de pénalité
au coureur.

Je suis étonné de cette
cinquième place car je marche. Certes rapidement, mais je m’attendais à voir plus
de coureur me doubler. Je quitte ce CP, 4ème, après avoir refait le
plein d’eau et avoir mangé rapidement ; je rassure André en partant :
« Tu ne tarderas pas à revenir sur moi, car je marche »
Je ne perds pas de temps dans les CP car
je sais que je suis déjà trop lent entre deux CP.
« Chemin marchant », je
fais le point de ma situation : Je n’arrive toujours pas à courir et j’ai
l’estomac chargé. Je bois beaucoup car je sais que c’est important. Ok la
première journée, le corps a besoin de s’adapter, mais cette année je le paie
cher !
Le soleil ne tarde pas à se cacher. Je
range mes lunettes de soleil en faisant attention de ne pas les perdre comme
l’année dernière. Et je continue ma marche solitaire dans ce désert qui
s’enfonce dans la nuit.
Habituellement je ne suis pas du genre à
m’angoisser et à me poser des questions. Mais entre ces deux CP je dois
reconnaître que ma situation me laisse dubitatif.
Dans ce type de course, c’est à éviter car
« c’est la tête qui emmène les jambes au bout ».
A mon arrivée au CP 3, Philippe vient de partir et
Isabelle s’apprête à le suivre. Elle est surprise, inquiète de me voir ainsi.
Elle, dont c’est la première participation, est venue sur la 333 avec toutes
mes recommandations, et se retrouve devant moi. Je suis satisfait pour elle et
tout de même un peu surpris, pourtant je sais qu’elle peut tenir longtemps sur
ce rythme.
Je me restaure et fait le point.
Alors que je mange un peu de poisson et de riz, deux
autres coureurs arrivent, ils sont surpris de me voir. Ce sont deux des
Normands : Gaël et Serge. « ce n’est pas normal que l’on se
retrouve avec toi dans un CP c’est sans doute que l’on va trop vite »
me disent ils !
En réalité, c’est sûrement moi qui ne vais pas assez
vite. A leur surprise, je leur demande « si je repars avec vous cette
nuit, cela ne vous dérange pas ? » En fait, j’ai très vite pris
conscience que si je partais seul pour cette première nuit, je risquais de
trop « cogiter » voir même ………d’abandonner.
Nous sommes repartis tous les trois sur un bon
rythme. J’avoue même qu’au début j’avais du mal à me remettre dans le rythme.
Difficile de ne pas penser à ma jambe, et à mon estomac qui me gênaient de plus
en plus. Moralement, je suis tout de même resté fort. (Aidé en cela par l’expérience
vécue trois ans plus tôt, au Niger, par Gérard Cain qui avait énormément galéré
suite à des problèmes de santé, puis, tout étant revenu normal après quatre
jours de course, avait remonté la course et terminé deuxième).
Gaël et Serge sont deux nouveaux compagnons que
j’apprécie. Ils sont de Lisieux et Cambremer, nous ne nous connaissons presque
pas, de ce fait nous avons beaucoup de sujet de conversation.
Gaël qui est archéologue nous fait profiter de ses
connaissances en la matière : en pleine nuit, il a repéré un site
archéologique. Ainsi à la lampe frontale, il nous montre de nombreuses pierres
taillées. C’est passionnant, mais…nous ne sommes pas là pour cela et il nous faut
repartir.
Avant d’arriver au CP4, deux nouveaux coureurs nous doublent
au loin. Nous voyons leurs lampes frontales éclairer dans la nuit. Il s’agit
d’André et de Dan un Américain. Ils sont rapides, et nous les suivrons de loin.
Comme nous arrivons au CP 4, ils sont déjà sur le
départ. Classique ravitaillement pour nous. J’ai bu moins d’eau entre ces deux
derniers CP. Malgré cela l’estomac me gêne encore. Et il m’est toujours impossible
de courir. Heureusement Gaël et Serge ne veulent pas courir cette nuit, cela
m’arrange bien. Nous repartons donc ensemble pour 4 ou 5 nouvelles heures de
marche.
Il y a 5 coureurs maintenant devant nous, et alors
que nous partons, Philippe et Hervé, deux autres Normands, arrivent au CP. Ils
ne semblent pas trop mal, mais disent souffrir.
Avec Gaël et Serge, nous avons décidé de nous arrêter
2 à 3 minutes tous les 5 Kilomètres pour optimiser le repos. J’ai une certitude : en leur compagnie, je continue à avancer et je ne me pose pas trop
de question. C’est excellent moralement.
Comme je l’avais annoncé à mes camarades de course,
dans le désert, lorsque la lune disparaît vers les 3h00 du matin, le froid se
fait sentir, et le vent monte.
Avec la fatigue, c’est une sensation de froid
terrible. Mais nous continuons à bien avancer.
Serge se plaint d’une ampoule sous le
pied. Je connais ce type d’ampoule. C’est très douloureux, mais il faut
apprendre à faire abstraction à ce type de douleur et avancer. Serge souhaite
ne pas continuer à la cadence que nous avons. Gaël et moi maintenons notre
rythme mais je me sens pouvoir marcher encore plus vite. Au levé du jour, nous
nous sommes assoupi 10 mn dans le sable. En repartant, je me sens à nouveau
bien dans mes jambes. Avec Gaël, nous avons convenu que je repartirai en
courant du CP5 afin de tester mes jambes.
Nous sommes arrivés tous les deux au CP 5 peu après le
lever du jour, satisfait de la bonne distance parcourue lors cette première
journée difficile à gérer.

Dans ce CP, il y avait l’Italien se
reposant car il n’était pas très bien. André était également là en train de se
restaurer. Dan n’avait fait que passer au CP et était reparti depuis plus d’une
heure. Philippe et Isabelle venaient de reprendre la piste.
Il y avait également nos deux infirmière
Isa et Sabine. En plus des soins pour les coureurs, elles apportaient un peu de
réconfort. Soit par leurs paroles ou bien en nous aidant dans le CP. J’ai eu le
droit à une crêpe au chocolat ! En plein désert, c’est très agréable.
J’ai mangé rapidement et je me suis fait
un petit soin de pied. Et puis un quart d’heure derrière André, je suis reparti
sous un beau soleil ….en courant, enfin ! Je retrouvais une sensation qui
m’avait échappé la veille. Que c’est agréable de pouvoir courir à nouveau.
Je suis très vite revenu sur André, reparti
avant moi, je l’ai invité à me suivre. A ma surprise, il a refusé, alors que
nous aurions pu faire un bon duo. Il semblait triste ou bien fatigué….. Je
savais qu’il était capable de revenir très vite sur moi. Je n’ai pas insisté et
je suis reparti afin de remonter la course.
Peu de temps après, c’est Isabelle que je
rattrapais. Elle s’est dite contente de me voir courir. Elle maintenait
toujours sa foulée tranquille. Après quelques minutes, j’ai repris mon rythme
car je savais que Dan et Philippe ne devaient pas être très loin devant.
Prémonition qui s’est révélée exacte car je suis revenu rapidement sur eux, Dan
n’étais pas au top ! Cela se voyait à son allure.
Son corps penchait légèrement sur la
droite, indiquant une probable douleur de dos. Je l’ai aidé à redresser son
équipement correctement car le réglage de ses lanières, équilibrant son sac, lui
permettait de mieux se tenir.
Philippe était devant et
trottinait. Je me maintenais en marchant à côté de lui. Nous avions déjà, par
le passé, fait quelques bouts de route ensemble alors je lui proposais de faire
à nouveau un bout de chemin en duo. Il refusa car il pensait que j’étais trop
rapide pour lui. Je les accompagnais jusqu’au CP7, CP que nous atteignons à la
tombée de la nuit.
J’y trouve Patrick
Soulabaille, journaliste de FR3 Bretagne sur la course, il y réalise un film. Son
impression est que le résultat de la course ne fait plus de doute car, selon
lui, je venais de creuser un trop grand écart avec le reste de la course…enthousiasme
que je ne partage pas…..j’ai bien en tête mes difficultés récentes !

Classique restauration et courte
récupération. J’aurai bien aimé que Philippe se soit joint à nous trois pour
démarrer cette étape, hélas.
Après quelques passages dans du sable mou,
j’ai senti une douleur irradier la gauche de mon haine. Par expérience
j’identifie une tendinite, conséquence de la douleur de la jambe droite
quelques heures auparavant : lorsque que le corps à une douleur, nous
compensons en modifiant notre posture de course.
Ce n’était vraiment pas le moment….ce
n’est jamais le moment !
Je décide d’essayer de la dissimuler aux
autres, et, si possible, de partir seul afin de mieux la gérer.
De temps en temps, Philippe courait, et je
me contraignais à en faire de même. Par moment, j’étais obligé de rester un peu
derrière suivant la nature des appuis au sol.
J’arrivais tout de même à courir, mais…..
à mon rythme!
C’est la raison pour laquelle, arrivant
tous ensemble au CP 8, je repartis immédiatement, seul, disant à mes compagnons
que je dormirai en cours de route, dans le sable. Ce que je fis quelques
kilomètres plus tard.
A mon réveil j’aperçois les lampes
frontales de mes poursuivants. Après les avoir salué je repars en courant. A 5 kilomètres du prochain CP une autre frontale est visible : André ou bien Sergio, l’Italien ?
Pas question de ralentir.
Alors j’ai couru jusqu’au CP9, ignorant ma
douleur.
Hélas les Bédouins dormaient dans la tente :
ils n’avaient rien préparés comme ravitaillement !
Alors je suis reparti tout de
suite après avoir rempli le document de passage obligatoire : Il fallait
creuser un écart conséquent avec mon poursuivant et j’avais dans mon sac de
quoi me nourrir sous forme de barres ou de fruits secs.

J’ai couru Jusqu’au CP10 sans
relâcher l’effort. Je comptais y manger correctement et prendre un peu de temps
de repos.
Nouvelle déception, là aussi
les Bédouins dormaient et donc à nouveau pas de ravitaillement. En fouinant
dans leurs cartons, j’y ai trouvé une boite de raviolis que j’ai mangé froids…et
puis j’ai mon stock perso dans mon sac…..au cas où !
Ces derniers arrêts dans les CP ont été de brève
durée. C’est important de ne pas se laisser tenter par un havre accueillant ou
l’on peut se restaurer tranquillement mais également se reposer.
****************************
Lors de l’étape suivante, il y avait
15km à parcourir avant de descendre une immense dune. Mais en réalité, comme
sur ces 15km le terrain était très peu praticable, il fallait sans cesse faire
des détours …ainsi ce sont 25km dans un sable fluide que j’ai dû faire…en
marchant !
De temps en temps, je me retournais, persuadé
qu’un coureur reviendrait sur moi.
Je suis arrivé en haut de cette dune au
milieu de la matinée. Le soleil tapait déjà fort. Il me restait à descendre
cette immense dune en gérant la douleur de la tendinite.
Dure tâche, mais le
paysage, tellement beau, donnait de l’énergie.

Du bas de la dune, il
restait environ 7km de sable avant le CP11 où ………les bédouins qui s’y tenaient
m’ont préparés un plat chaud ……..que j’ai bien apprécié !
En y arrivant, j’ai enlevé
mes chaussures afin de me délasser les pieds Mes guêtres rendaient mes
chaussures étanches au sable. : Mes pieds étaient bien.
Je suis reparti du CP11 en forme et rassuré de
ne pas avoir rencontré d’autre coureur.
Pour rejoindre le CP12, il y avait deux
possibilités : soit prendre les points intermédiaires sur le GPS soit
couper au plus court, tout droit. J’ai opté pour la seconde solution.
Le sable est peu praticable et mou. Il fait très
chaud. A mi chemin un 4X4 s’est approché. S’y trouvaient quelques coureurs qui
avaient abandonnés. Ils m’ont donnés des nouvelles de l’arrière, nouvelles que
j’ai eu bien du mal à croire : selon eux j’avais déjà un CP d’avance soit …..
4 ou 5 heures.

Un peu perplexe, accompagné de leurs
encouragements, je suis reparti de plus belle. Peu avant le CP12, juste avant
la tombée de la nuit, l’organisateur et le journaliste sont passés près de moi.
J’ai eu le droit à leurs encouragements et à une interview et quelques prises
de vue devant un magnifique coucher de soleil.
Si j’avais pris l’option de prendre les points
intermédiaires sur mon GPS, j’aurais sans doute gagné du temps car le sable était
plus porteur. Heureusement mon avance est conséquente et ce choix n’a pas prêté
à conséquence….. Sauf que le sable mou me faisait souffrir !
CP12, rapide restauration avant de reprendre ma route.
Je savais déjà que je mettrais plus de temps que lors
de la précédente édition, mais intérieurement je commençais à réaliser que
j’avais de forte chance de l’emporter encore cette fois ci car il ne me restait
que trois CP !
Je rentrais dans le désert blanc, qui est très
touristique. C'est-à-dire que ce n’était pas rare de voir quelques lampes
éclairer par ci et par là.

J’ai fait toute la distance en courant
sans quasiment m’arrêter.
Je suis arrivé rapidement au CP13 où je
ne suis pas resté longtemps avant de repartir vers le 14.
Le terrain était très roulant, et je
pouvais ainsi bien courir. Il y avait de nombreuses plaques rocheuses à éviter.
C’était de la plaque blanche, et avec la lampe frontale, la réverbération fait
mal aux yeux.
A deux kilomètres du CP 14, la roche se faisait de
plus en plus importante, et avec la fatigue, c’était de plus en plus difficile.
J’ai alors décidé de poser mon sac malgré le froid
intense, et je me suis endormi. A mon réveil, le jour apparaissait.
J’avais dormis environ 1h30……… à seulement deux km
d’un CP douillet.
J’y suis arrivé en quelques foulées.
Là quelques coureurs ayant abandonnés dormaient ainsi
que Claire une coureuse et Martine une fille du Staff.
Ils étaient tous surpris de me voir arriver.
Claire m’a laissé son duvet afin que je me mette au
chaud. Mais j’ai refusé : trop risqué. Il restait encore un CP à faire.
J’ai tout de même pris le temps de manger un bon
potage bien chaud et une barquette. Martine m’a épluché une orange que j’ai
bien apprécié. Et je suis reparti sans trop attendre.
Le soleil était déjà haut, mais il faisait encore
frais. Les monticules de pierres blanches rendaient le paysage magique. C’est
vraiment un endroit impressionnant. Devant ces massifs rocheux, j’ai décidé
d’apprécier au mieux en marchant plutôt que courir sans en profiter pleinement.
Voici deux ans, j’avais traversé ce secteur de nuit. Je me suis donc mis à
marcher tout en regardant mon GPS afin de ne pas dériver. Pas tout a fait du
tourisme mais presque….ce faisant, dans ce magnifique paysage je commençais à
réaliser que j’allais sans doute gagner cette deuxième édition pour la seconde
fois. J’imaginais mon poursuivant à environ deux heures derrière.
J’avoue que cela touche la sensibilité…...
Une fois sorti de ces monticules rocheux, je me suis approché
d’une oasis ou des touristes faisaient des photos. Ils ont été très surpris de
me voir arriver ainsi. Ils sont remontés dans leur 4x4 tout en échangeant
quelques « hello ! ». La place était libre, j’avais cette oasis
pour moi seul ainsi qu’une fontaine aménagée. Une fontaine en plein
désert ! Je m’y suis arrêté, j’ai posé mon sac et je me suis autorisé un
brin de toilette. Alors que le soleil « tapait » maintenant, ce fût
un moment très appréciable.
En repartant de ce sympathique endroit, je me suis
rendu compte que je ne pouvais plus courir. Ayant pris la décision de marcher
afin de profiter du paysage, mon corps s’était déprogrammé de la course et en
conséquence les petites douleurs d’après course commencèrent à se faire
ressentir.
Qu’importe, finir en marchant me
convenait. Mais je me méfiais et de temps en temps, je me retournais pour
vérifier si je voyais un concurrent au loin.

Cependant il était tellement agréable de
voir l’arrivée, là bas, au loin, que je pensais pouvoir me permettre de finir
en marchant.
L’arrivée se trouve sur un plateau en
hauteur. Pour y accéder, il faut gravir une dune qui monte durant 3 kms.
Le GPS ne se trompe pas, j’y serai
bientôt.
Les douleurs telles que ma tendinite se font sentir.
C’est terrible d’avoir du mal à avancer si près du but. J’ai pas mal piétiné
dans cette montée. Je me suis même arrêté au milieu.
On y voit très loin, c’est impressionnant.
Enfin apparaît le doigt de Dieu. Cette
pierre qui à la forme d’un doigt tendu vers le ciel, c’est l’arrivée.

Un comité d’accueil m’attend !
Même si c’est ma deuxième victoire,
c’est émouvant.
Après l’accueil d’Alain Gestin et de son
comité, je me suis fait offrir un bon repas.
Étant seul, le staff tout entier m’est dévoué
et est à mes petits soins.
J’ai répondu à des centaines de
questions. Chacun souhaitant savoir tout de ma course.
Les Bédouins avaient installé un peu plus loin une
grande tente traditionnelle dans lequel je me suis installé. Nous avons même eu
droit à une douche « chaude ! » grâce à une installation
bricolée. C’est très agréable !
A la surprise de tous, je marchais normalement sans
difficulté. Mais je marchais doucement tout de même … ici le sable était très
fin, et il était difficile d’y marcher. Ma tendinite me faisait mal tout de
même, alors il vaut mieux marcher lentement et correctement plutôt que de
boitiller, la guérison sera d’autant plus rapide.
Ce n’est pas tout de suite que je réalise ce que je
viens de faire. Cela se fera plus tard lorsque les autres concurrents arrivant,
racontent ce qu’ils ont vécu.
J’ai passé l’après midi à attendre le deuxième.
J’étais persuadé qu’il ne devait pas être bien loin car j’avais mis quand même
5h00 à faire le dernier CP, de plus je m’étais aussi arrêté dormir.
Cependant, le soir, je me suis enfoncé dans mon duvet
et le second n’était pas arrivé. J’ai commencé alors à réaliser que cette
victoire prenait de l’ampleur.
Ils sont arrivés à trois vers minuit.
J’avoue avoir passé une bonne nuit !
Les jours suivants, la vie du camp a été régulée par
les arrivées successives.
Les finisseurs ont leur histoire à raconter, et c’est
un plaisir de connaître leurs propres aventures : leurs hallucinations, leurs
difficultés, et les nombreux détails qui leur sont propres.
Les derniers vivent une course totalement différente
de la mienne. Eux cherchent souvent à terminer seulement en gérant le temps
imparti. Les difficultés qu’ils surmontent sont différentes de celles des
coureurs qui se trouvent sur le devant de la course.

Le dernier soir, les Bédouins nous ont
fait un super méchoui sous la tente. C’est la fête, tous les participants sont
là ! Et chose surprenante, les douleurs sont oubliées, seul la fatigue
reste présente.
Le lendemain matin, le bivouac est démonté et c’est le
retour vers la civilisation. Direction le Caire, ou l’on retrouve le confort.
Le samedi soir, après une journée de
visite (Pyramide, Souk….) Alain Gestin fera sa remise de prix. C’est une soirée
qui fait partie intégrale de la course. Alain sait trouver quelques mots
agréables pour chacun des coureurs.

Pour ma part, j’ai reçu un magnifique
trophée Égyptien. Mais le meilleur souvenir, sera une fois de plus cette
traversée en solitaire dans un magnifique désert. Un défi relevé que j’ai
maintenant plaisir à partager.
Pour 2008, Alain Gestin prévoie de faire sa 555 sur la
route des esclaves, entre le Soudan et l’Égypte (Luxor). Une partie du désert
au sud de l’Égypte magnifique parait il ! (à suivre !)
