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Jean-François Aillet - Sculpteur / Designer - Projets en cours

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Le Solitaire... des marées / Voir : actualisation 2007

Répartition
des collectes
par continents...

"Le Solitaire... des marées"

C'est quoi ce projet ?

1ère
Rencontre Internationale

Mont-Saint-Michel

2ème Rencontre Internationale

Au millième sable collecté...

Le Solitaire... des marées

Projet publié

dans le n° 463 de

La Revue Maritime

Article de présentation générale publié

pages 144 à 155

aux côtés de :

Jean-Louis Battet

Alain Denis

Bernard Louzeau

Deak Childress

Bernard Dujardin

Richard Dobenik

Daniel Favreau

C.C. Gourtay

Alain Parrès

André Boyer

Jean-François Minster

Georges Tourret

Patrice Cayré

Pierre Morand

Renaud Pianet

Pierre Chavance

Eric Saby

Régis Menu

François Massot

Henry Labrousse

Michèle Alliot-Marie

Francis Grignon

Jean-Michel Brosseau

Arnaud de La Grange

Michel Quimbert

Michel Roux

Gérard d'Aboville

Bengt Tornqvist

 

La Revue Maritime
est une revue trimestrielle
de l'Institut Français de la Mer
(IFM) créée en 1861
sous le patronage de :
La Marine Nationale
L'Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (IFREMER)
L'Institut de recherche pour le développement (IRD)
La Chambre syndicale des Constructeurs de Navires
Armateurs de France
L'Union des Ports autonomes
et des Chambres de Commerce
et d'Industrie maritime
 

Un projet proposé pour le Québec

L'Objet : Présentation générale du projet.

Les Faits : Ce projet publié en novembre 2002 dans le n° 463 de La Revue Maritime
par l'Institut Français de la Mer a fait l'objet
d'un article de 16 pages qui vous est présenté dans son ensemble ci-dessous au format html.

Voir ce projet en images Galerie

 

Présentation générale du projet

Le Solitaire... des marées

Jean-François Aillet
Sculpteur

Les cycles des marées
Un volume d’investigation inattendu dans lequel creuser

Espace maritime et recherche en art

Traditionnellement, pour le sculpteur, la carrière de prédilection se situe dans le vif de la matière solide, là où il peut aller creuser au coeur même des falaises pour en extraire sa matière première. Cependant, le définissable de la matière, du volume et de l’espace ne se limite pas à ce qui est statique. Aussi, le projet que je vous invite à découvrir ici émerge-t-il d’un espace et d’un volume que vous connaissez tous, situé entre ciel et terre, aux frontières des éléments, là où les limites les plus avancées des territoires des hommes s’affaissent à l’aplomb des falaises les plus abruptes, où Statique et Dynamique se discutent le sable en partage. C’est au coeur de cette fine strate où les mondes sont en friction que je suis allé puiser ma matière première, au coeur des cycles des marées.

Première esquisse

Le projet

250 tonnes, 14 m de haut, une colonne creuse cloisonnée, six pans de verre imbriqués, quatre blocs de granit orientés, un ordinateur, un programme informatique, le cycle des marées d’un point précis sur un littoral, une implantation géographique déterminée selon l’étude des flux migratoires :
"Le Solitaire... des marées" émerge de ce no man’s land situé entre la laisse des basses mers et la laisse des hautes mers. Il n’émerge pas de ce qui est situé au sol au niveau du sable mais de ce qui est situé au dessus dans le vide de cet espace unique et si particulier qu’est l’estran. Il émerge des ondes vibratoires de cette pulsation cosmologique que sont les cycles marégraphiques engendrés par les astres. Aussi, en ce sens, est-ce un projet qui oblige à relever la tête et c’est en son sommet que quelque chose se passe : figer dans la nue du temps une fine stratification de la mouvance des astres, retenir en suspens dans l’espace une mémoire de la marée. Tel est le propos avancé par cette recherche en art : sculpter l’impalpable mouvance de la marée à l’intérieur des terres.
Ce projet est transdisciplinaire.

Dialectique de la matière

La mer nous offre un visuel de perception horizontal alors que la marée est verticale. A la friction des mondes, elle nous montre l’indicible usure de la matière solide, réduisant à néant les plus volumineuses des roches en infimes particules de sable. De cette usure des masses continentales engendrée par la marée, nous avons su extraire la silice qui nous a permis de créer le verre et sa transparence. La roche abrupte, la transparence du verre et la mouvance de la marée, pour en faire ce rapide pourtour, composent la trilogie des matériaux imbriqués de ce projet auquel s’ajoute un immatériau qui constitue sa clef de voûte : une mémoire marégraphique retenue en son sommet lors de chaque marée haute.

Plan de masse

Dialectique de la forme

Nord, sud, est, ouest, "Le Solitaire... des marées" est orienté pour subir les déclinaisons des phases solaires et réagir en fonction de la lumière. Il constitue le négatif d’un phare à terre, en quelque sorte, conçu pour la ville à l’attention des citadins. C’est une borne-mémoire, un amer tourné vers la terre pour la navigation des âmes urbaines en errance. Véritable point amphidromique de la résonance des flux migratoires, son implantation est déterminée en tenant compte de la toile de fond des vagues migratoires successives qui ont mené certains êtres à se déraciner. Ce projet est un implant, une projection, tirant ses origines d’un ici pour être implanté en un ailleurs. L’ici en l’occurrence puise ses origines de l’histoire malouine qui poussa Jacques Cartier à quitter Saint-Malo et l’ailleurs trouvant sa destination d'implantation au Québec pour y proposer la réalisation de ce projet à Montréal en réponse au déracinement et à la quête historique des racines.

Plans des façades

Dialectique de la structure

Cette sculpture est constituée d’une colonne creuse, cloisonnée, à double paroi, dans laquelle sera reproduit au quotidien le cycle des marées du point de départ de Jacques Cartier selon l’application de l’équation de Newton-Laplace qui permet de reproduire informatiquement n’importe quel cycle des marées du monde. Un ordinateur pilotera cette colonne pour faire monter et descendre à l’intérieur un liquide antigel selon les rythmes précis du port de Saint-Malo. Six pans de verre imbriqués tels des gréements composent cette édification sur laquelle seront gravés, de façon inversée, les noms des grands personnages ayant marqué l’histoire franco-québécoise. Ces noms apparaîtront en ombres portées sur le sol, ce qui permettra aux visiteurs de marcher dans l’ombre des grands hommes. Quarte blocs de granit, deux en provenance des côtes bretonnes, deux autres des côtes de Gaspésie, marquent l’union des deux rives concernées.

Axonométries

Séquences marégraphiques

Lors du reflux de chaque marée, une mémoire suspendue de la crête de la marée haute apparaîtra au sommet de cette colonne, deux fois par 24h50, jour et nuit, recréant ainsi tout au cours des années les variations des marées de morte-eau et des marées de vive-eau : un visuel pédagogique.

Mémoire et Extraterritorialité : Concept d’implantation

Faire monter et descendre la marée historique de Saint-Malo à l’intérieur des terres au coeur du Québec. Oui, vous avez bien lu ! Faire monter et descendre la marée de Saint-Malo au Québec en plein centre ville de Montréal. Tel est l’objectif de ce projet. Pas n’importe quelle marée. Pour commencer, celle de l’année 1534. Pourquoi ? Parce qu’en 1534 Jacques Cartier quittait Saint-Malo pour découvrir le Canada. Parce que la devise du Canada est : D’un océan à l’autre. Parce que la devise du Québec est : Je me souviens.
Le Solitaire... des marées permettant d’illustrer le mouvement des marées, en tout temps, il se veut être une référence symbolique apportant aux québécois une borne-mémoire de leurs racines européennes. C’est un marqueur historique de racine universelle pour les descendants des migrants et les jeunes générations vivant à présent au Québec. Je travaille sur un concept d’implantation prenant en compte les phénomènes migratoires des êtres humains à travers l’histoire.
Ce propos est basé sur la mémoire : la subsistance de la mémoire au-delà des frontières, de l’espace et du temps entre le ici et le là-bas et les imbrications des espaces interculturels. Mémoire et éternité et les hommes aux frontières de l’espace et du temps.

Vue schématique (façade ouest)

Instant séquence 1 / soleil levant (marée descendante)

La structure retient en mémoire, au cours de chaque marée descendante, une mémoire marégraphique de la précédente marée haute. Cette mémorisation reste alors suspendue dans l'espace à quelques 9 ou 10 m au dessus du sol, figée dans un cloisonnement conçu à cet effet. Durant toute la durée du reflux, cet espace-temps retenu en mémoire apparaît figé dans l’espace et le temps, obligeant ainsi à relever la tête et à regarder vers le ciel pour l’observer. Cet instant souvenir de la marée haute reste ainsi suspendu dans l’espace durant tout le temps de l’étale de la marée basse. Au moment de la renverse, le cloisonnement se vidange libérant ainsi cette mémoire marégraphique et le cycle repart pour une nouvelle marée montante. Soit deux fois par 24h50, s’agissant pour la marée de Saint-Malo d’un cycle de type semi-diurne. Ici, sur cette vue schématisée, nous sommes en présence d’une mémoire marégraphique d’une période morte-eau. Cela signifie qu’une fine strate de liquide est restée figée dans l’espace. Elle marque le sommet atteint par la marée haute ce jour-là. La marée étant décalée tous les jours de 50 minutes, je vous laisse imaginer le jeu des modulations que l’on obtient pour structurer ce volume.

Vue schématique (façade nord)

Instant séquence 2 / matinée (marée descendante)

Sans cesse renouvelé, l’instantané visuel du projet offre des variations rythmiques calées sur la durée du "saros". La hauteur de la mer dans un même lieu étant fonction des positions relatives du soleil, de la lune et de la terre, celle-ci redevient la même au bout de la période chaldéenne qui ramène la même position des trois astres. Cette période est aussi la période des éclipses. Elle est de 18 ans de 365 jours + 15,5 jours. En conséquence, jamais à la même heure, d’une année sur l’autre, il ne sera possible de voir cette structure dans un même état de progression. Pour un jeune adulte, il lui faudra attendre la fin de la boucle chaldéenne pour revoir cette mémoire marégraphique un même jour à la même heure. Ce cycle des mémoires marquera de jour en jour le souvenir des jeunes citadins. Là, sur cette vue schématisée, nous sommes en présence d’une mémoire marégraphique d’une période vive-eau. L’ombre des gréements créée par les arêtes des pans de verre viendra se projeter à l’abord des blocs de granite. Le liquide antigel légèrement bleuté irisera cette mémoire marégraphique en une ombre portée sur le sol. La peau des rêves en suspens : plasticité de la forme irisée du liquide pour une ambiance maritime et aquatique.

Vue schématique (façade est)

Instant séquence 3 / soleil couchant (marée montante)

Lorsque la marée commence à remonter, la mémoire qui avait été retenue au cours de la précédente marée descendante se vidange. Le cycle recommence ainsi de suite jusqu’au renouvellement de la mémoire suivante, marquant ainsi dans l’espace et le temps la trace figée d’un immatériau temporel, géographique, historique et universel.

Cependant, subissant les variations des coefficients de marées entre les périodes de morte-eau et de vive-eau, il arrivera parfois en période des plus basses marées de morte-eau que la marée haute ne montera pas jusqu’au niveau du cloisonnement de mémorisation. Il ne sera plus possible alors pendant quelques jours de voir apparaître se suspendre cette mémoire marégraphique dans l’espace. Ces instants pendant lesquels l’âme errera sans repère marqueront les phases de progression entre les périodes de morte-eau et de vive-eau. Par force d’observations, à vivre au quotidien en contact avec ce projet, les citadins apprendront progressivement à mieux regarder les phases lunaires et remarqueront probablement les incidences des croissants de lune sur le projet dès lors que la marée reproduite sera contemporaine.

Maquette simulée à échelle 1/30e

Marée descendante à Saint-Malo, mémoire suspendue à Montréal. L’amplitude de la marée recréée dans la structure correspondra, la première année de mise en service, à l’année de départ de Jacques Cartier de Saint-Malo vers le Canada. Ensuite, tous les jours, la marée montera et descendra dans cette structure, à Montréal, en même temps qu’elle montera et qu’elle descendra à Saint-Malo. Soit plus de 730 marées recréées simultanément par année. L’objectif est de réaliser ce projet sur une place en centre ville à Montréal. Cette animation sera une référence historique pour une visualisation quotidienne de la marée de Saint-Malo au coeur du Québec. Cette borne-mémoire historique pour tout un peuple est destinée à entrer en résonance avec la mémoire des migrants pour les descendants actuels vivant au Québec mais également pour accompagner les jeunes générations des nouveaux flux migratoires de francophones vers le Québec.

Mémoire et imbrication d’espaces-temps

La caractéristique principale de ce projet de sculpture est de permettre d’introduire dans un quotidien urbain - via la modulation dynamique d’une amplitude marégraphique historique - une temporalité alternée. Une sorte d’anti-temps destiné à rentrer en résonance dans un milieu de vie pratiqué par des êtres ayant en commun une singularité historique les rattachant d’une certaine façon à ce lieu de prélèvement symbolique. Comment dire ? C’est introduire en milieu urbain une autre horloge destinée à marquer et à fédérer l’inconscient collectif autour d’un événementiel sans cesse renouvelé. Ainsi, cette mémoire marégraphique suspendue quotidiennement devient-elle non plus un référentiel à une temporalité abstraite mais à une identification géographique particulière historiquement forte. Cela donne quoi au quotidien dans le mental des québécoises et des québécois ? Face à une époque recroquevillée sur ses territorialités, ce projet revendique une mémoire universelle commune nous reliant à un tout cosmologique.

Utopie d’une universalité en errance

Cette structure vient de mémoriser en son sommet un espace-temps souvenir d’une crête de la marée haute qui vient d’avoir lieu quelques heures auparavant, en plein centre de Montréal. On est ici en présence d’une mémoire visualisée d’un espace-temps d’une marée haute de l’année 1534. Réactualisée dans un quotidien du XXIe siècle, en plein centre ville, au Québec, cette mémoire peut-elle réveiller et fédérer l’inconscient collectif autour d’une valeur commune universelle ? Les continents nous divisent. La thalassa nous unit. Le souvenir... C’est très intéressant le souvenir. La mémoire, le miroir du temps. L’action la plus difficile à contenir en fait. Mémoire visuelle ou bien mémoire philosophique ? La thalassa est une et indivisible. L’espace maritime est divisé en 50 mers. Les hommes se battent pour préserver leurs territoires grignotés inlassablement par 5 océans séparateurs de cultures. Existe-t-il un élément universel qui puisse toutes les réunifier ? La mer et l’espace maritime, peut-être ?

Une longueur d’ondes vibrant au rythme de l’univers

Environnement sensoriel et espace sculptural. "Le Solitaire... des marées" n’est pas une structure faite pour symboliser la solitude. Solitaire étant davantage à comprendre et à percevoir selon le sens que l’on donne au "Solitaire" : le diamant, l’objet offrant de multiples facettes. Ce projet est un espace sensoriel qui oblige à relever la tête, à voir et à regarder vers le ciel, mais aussi à écouter. Des capteurs permettront de déterminer s’il y a 30, 100, 500 ou 1000 personnes autour de lui. En fonction des données recueillies, des effets sonores seront diffusés. Des bruits de houles, des bruits de bord de mer, des cris d’oiseaux mais aussi des sons de corne de brume seront perceptibles à Montréal les jours où à Saint-Malo il y aura du brouillard, ainsi que des ambiances sonores malouines populaires telles que les sons du marché aux poissons de Saint-Malo pour une écoute à Montréal. Transposition d’espaces, invitation au rêve et au voyage mental entre le ici et le là-bas pour le plus grand bien de l’imaginaire collectif.

Schéma de principe

Un colosse de 250 tonnes mû par un pacemaker

Par un subtile dosage, assemblage et mariage entre art, science et industrie, ce projet fait appel à toutes les ressources des technologies les plus actuelles. Projet éminemment maritime, il ne saurait se passer de toutes les compétences accumulées pendant des années par tous les gens de mers rompus aux exigences maritimes les plus extrêmes. Gens de mers, j’ai besoin de vos compétences.

Objectif visé pour aller plus loin

En me portant candidat à la Villa Médicis Hors les Murs, alors que je réside à plus de 6000 kilomètres du Québec, j’ai amené ce projet jusqu’à la lisière de ce qu’un homme seul peut entreprendre. Maintenant pour aller plus loin je cherche à rassembler autour d’une table des partenaires scientifiques, technologiques, économiques et politiques afin de donner une chance à ce projet de rentrer dans sa réalité. L’objectif est d’aller présenter ce projet au Québec. Pour cela, j’ai besoin de réaliser une maquette fonctionnelle du projet à l'échelle du dixième, soit une maquette de 1,5 m de haut, animée par ordinateur, qui recréera la marée historique de Saint-Malo de l’année 1534 afin de soumettre ce projet au peuple québécois et le lui montrer vivant. Gérard d’Aboville a traversé l’Atlantique à la rame. Pour ma part, je veux faire monter la marée historique de Saint-Malo en plein coeur de Montréal alors qu’en hiver il y fait -30°. Autant dire que l’espace maritime a encore de beaux jours et de belles heures de gloire devant lui.

COMPLEMENTS
Actualisation du projet en 2007
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Développement en images

 

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