J + 009 / Bonjour à la Bretagne

Résumé de la 1ère semaine de marche : Côte d’Emeraude, Côte de Penthièvre.

Après Saint-Malo, Dinard : Passage à la mairie de Dinard. Rencontre avec la responsable de communication de la mairie de Dinard : Plage, photos, explications de la marche, tout cela en 15 minutes. Un accueil merveilleux et une écoute humaine extraordinaire, juste une mise en route…

Dinard jusqu’à Ploubalay : Marche dans le brouillard, impossible de voir la mer. Je vais à Ploubalay à un rendez-vous qui m’a été fixé par téléphone. Je vais chez une femme de 86 ans. Elle m’attend pour la soupe et le gîte.

Arrivé à Ploubalay à 18h00, je vais au café du village pour demander où habite Andrée Moré, c’est son nom. Andrée est l’ancienne institutrice du village. On m’indique le chemin sans aucune difficulté, le temps de prendre une bière avec les anciens du village. Andrée Moré habite à 1 km à la sortie du village. Je suis accueilli par une femme aux yeux brillants et pétillants.

Du haut de ses 86 ans, elle a de quoi être fière cette femme qui m’attend pour dîner : Elle habite la maison construite par ses parents. A 400 m devant chez elle, elle voit la maison où elle est née. A 400 m derrière sa maison, elle voit l’ancienne école où elle a enseigné pendant 40 ans, où elle a formé plusieurs générations d’habitants de ce village. Durant cette soupe partagée en tête-à-tête, tout au long de cette soirée, Andrée me raconte son enfance, sa jeunesse, son premier vélo acheté 600 francs, en partie grâce à son premier salaire trimestriel de 500 francs. Elle a commencé à enseigner dès l’âge de 16 ans. Elle m’explique son premier voyage : son voyage de noces, où elle est allée avec son mari à vélo au Mont-saint-Michel (d’où je viens). Emotions quand André me montre les photos de ce voyage, de la voir là avec ce vélo, elle et son mari, photographiés devant le Mont, plus d’un demi-siècle plus tôt, lorsqu’elle m’explique qu’à cette époque le barrage de la Rance n’existait pas… André me raconte sa vie et je vois ses yeux pétiller de bonheur. Dans la cuisine où nous dînons tous les deux, accrochée au mur, il y a une grande affiche en couleur qui attire mon regard : Médaille d’or des jeux olympiques de Sydney, médaille d’or des jeux olympiques d’Atlanta… C’est en cela que je dis qu’elle a de quoi être fière cette institutrice, cette merveilleuse grand-mère, du haut de ses 86 ans : Je suis chez la grand-mère d’un multiple Champion Olympique, 5 fois médaillé d’or. Je ne suis resté qu’à peine 20 heures chez Andrée Moré mais ces 20 heures là, je ne risque pas de les oublier car c’est un immense bonheur. Andrée habite là, dans le village de son enfance, dans son village.

Ecrivez-lui de ma part, je vous en prie, écrivez-lui de ma part, elle sera heureuse de recevoir vos cartes postales dans la solitude de ses 86 ans. Son adresse postale : Andrée Moré, Rue de Perdriel, 22650 Ploubalay.

Ecrivez-lui, envoyez-lui des cartes postales d’où que vous soyez, cela émerveillera son quotidien de façon simple pour vous mais de façon tellement merveilleuse pour elle.

Avant mon départ, Andrée est allée signer mon Carnet de Voyage.

Nous nous sommes serrés très fort dans les bras l’un de l’autre et je me suis remis en route.

Ploubalay jusqu’à la Pointe de Saint-Cast-Le-Guildo : Etape partagée avec François Talvast et Isabelle Fournier, spécialement venus de la forêt de Brocéliande pour partager un bout de marche. Là, nous sommes passés de la Pointe de Saint-Jacu-de-la-mer à la Pointe de Saint-Cast (Nombreuses photos à venir prises par François et Isabelle). Lire en attendant le résumé posté par François et Isabelle.

Un grand Merci à Sylvain Godefroy et à Fred, les propriétaires du restaurant “Le Petit Mousse” à Saint-Cast, pour leur accueil chaleureux, pour les cafés offerts avec le foie gras du dimanche matin avant de me remettre en chemin. Sylvain et Fred vont faire collecter les 7 sables des 7 plages de Saint-Cast ainsi qu’un sable qui sera collecté par un plongeur qui va faire une série de photos de cette collecte sous marine : Là, c’est SUPER !

De la Pointe de Saint-Cast jusqu’au Cap Fréhel : J’ai quitté la Pointe de Saint-Cast en fin de matinée du dimanche matin sous la pluie. Passé la pointe, alors qu’il ne tombait qu’une légère bruine, un immense coup de vent m’a poussé à m’arrêter. J’ai été obligé de me cramponner tant le courant d’air était d’une violence brutale et immédiate. Je me suis retourné en me demandant ce qui se passait. Mes yeux sont tombés sur un monument. Je me suis alors dis, en moi-même : “Ah, c’est toi, tu veux que je m’arrête pour aller lire ce qu’il y a d’écrit là…” Je me suis approché. J’étais devant le monument érigé en mémoire des 51 marins victimes de l’explosion de la frégate météorologique “Laplace. Le 16 septembre 1950, en baie de la Fresnaye où cette frégate avait mouillé pour la nuit, elle a été atteinte par une mine magnétique allemande de la seconde guerre mondiale . Aussi après que je sois allé lire, le vent s’est calmé. J’ai pensé à tous ces marins en marchant jusqu’au milieu de la baie.

J’ai traversé la baie à marée basse sous la grêle en enlevant mes chaussures de marche pour couper à travers les moulières et les parcs à huitres. Deuxième bain de pieds de l’année, mémorable. Ce froid m’a réchauffé.

De là, j’ai marché jusqu’à la Pointe du Fort de la Latte et ensuite jusqu’à la Pointe du Cap Fréhel où je suis arrivé vers 20h00.

Au Cap Fréhel, la roche est partout, il est impossible d’enfoncer une sardine! Qu’à cela ne tienne, j’ai planté la tente de mon bivouac au beau milieu du parking des camping-cars, sur le petit bout de terre meuble rapporté et j’ai fait le rond-point pour la nuit !

Cap Fréhel : Plaisir immense de me retrouver là tout seul, à 7h30, pas un touriste, personne d’autre que les mouettes et moi en ce lundi matin du 08/04/08. Le Cap Fréhel pour moi tout seul. J’en fais le tour. Je prends beaucoup de photos. Arrivé au pied du phare, je vois une voiture et une pancarte marquée “Interdit au public”. J’enjambe la pancarte en direction du phare. Un homme sort, me rappelle l’interdiction. Je lui dis que je ne suis pas un touriste, que j’aimerais lui parler. Je me présente à lui. La conversation s’engage. il m’invite à entrer. Je suis face à Henri RICHARD.

Qui est Henri RICHARD ? Je ne le connais pas. Je ne sais pas à quel homme je parle, jusqu’à ce que je questionne le bonhomme un peu plus… En fait, ce matin du 08/04/08, je discute avec le dernier gardien de phare des Côtes-d’Armor, l’un des 20 derniers gardiens de phare de France et, tout simplement, devant l’un des derniers gardiens de phare au monde. Il a fait toute sa carrière dans les 6 phares les plus connus de Bretagne, ceux qui sont sur toutes les cartes postales, sur tous les calendriers. Sa première affectation a été au Phare des Heaux de Brehat, sa deuxième au Phare de Triagoz où il a fait la fermeture en 1984, sa troisième au Phare de AR-MEN, sa quatrième au Phare des Pierres Noires, sa cinquième au Phare des Roches-Douvres, sa sixième et dernière affectation au Phare du Cap Fréhel allumé pour la première fois en 1702 (tour à feu), construit en 1840, détruit en 1944 par les Allemands, reconstruit de 1946 à sa remise en service en 1950.

Je me croyais seul au Cap Fréhel avec mon “Solitaire… des marées” mais en fait, non, j’y ai rencontré mon double.

J’ai passé 2 heures extraordinaires, fabuleuses, merveilleuses, inoubliables, en tête-à-tête avec Henri. Nous avons pris un café ensemble le temps qu’il me raconte sa vie en un concentré de minutes qui valent plus que des cartes postales. Henri RICHARD est le dernier gardien de phare du Cap Fréhel et l’un des derniers au monde.

Henri RICHARD collectionne les cartes postales de phares.

A l’attention de Carole Tailleur de Montréal : Carole, peux-tu envoyer à Henri, de ma part, depuis Montréal, un exemplaire du calendrier des Phares québécois, s’il te plait ? Adresse postale : Henri RICHARD, gardien du Phare du Cap Fréhel, France.

Après le Cap Fréhel, je suis allé juqu’à PLURIEN, village des Côtes-d’Armor, où je me suis arrêté 48 heures.

A PLURIEN, j’ai été accueilli au “Restaurant du Centre” par Gilles et Nadine CHERTIER, les propriétaires du Bar du Centre. S’il devait n’y avoir plus qu’un seul endroit au monde où vous deviez aller, je vous recommande vivement d’aller un jour jusqu’à PLURIEN, une fois dans votre vie, et d’aller y manger au “Restaurant du Centre” avec tous les ouvriers de la région du Cap Fréhel. Vous ne serrez vraiment pas déçus. La cuisine y est celle d’un véritable Chef et l’ambiance y est celle que nous aimerions toutes et tous tellement trouver plus souvent ailleurs…

Gilles CHERTIER, après des études à l’école hôtelière de Nice est parti dans toute la France cuisiner en Relais et Châteaux : Deauville, Blois, Tours, Poitier, Aire-sur-l’Ardour, Alpes d’Huez, Lyon. Service militaire en Martinique à partir d’où il a eu la chance immense d’être envoyé en Guyanne, à la frontière du Brésil, à Camopi sur l’Oyapock avec pour mission la protection de deux tribus indiennes Oyampic et Emérillons. De retour en France, Paris où il a été prof puis Jersey… Embarqué comme cuisinier à bord des bateaux de croisières à la Royale Caraïbe où il a découvert une trentaine d’îles, plus belles et plus isolées les unes que les autres.

Aujourd’hui, il est à son compte à PLURIEN où il fait la cuisine à tous les ouvriers de la région dans son restaurant chaleureux. Ils ont beaucoup de chance d’avoir un pareil cuisinier tous ces ouvriers! Un bonjour au passage à Michel Legal, à Denis Briard, avec lesquels j’ai passé deux merveilleux repas. Je viendrai vous revoir.

Je tiens à remercier également monsieur le Maire de PLURIEN pour son accueil à la mairie, Jean-Michel LOGEAT, un ancien du Marion Dufresne… Ainsi que Véronique JUBAULT qui, ayant vu mon bivouac juste à côté de chez elle, m’a apporté, à ma plus grande surprise, au matin, un bol de café et du pain. Et aussi ses enfant qui le lendemain soir son venu m’aider à planter mon bivouac, Angy, Lise, Philippe, Marie (la copine des enfants de Véronique) et Gildas (2 ans 1/2) qui voulait dormir dans le bivouac avec moi.

A PLURIEN, je me suis endormi en pensant à Raymond Guillemot (disparu en mer) et à cette église du XIIIe siècle située au coeur du village, frappée de l’estempille des Templiers, de ses vitraux, de ses sculptures dont celle de Saint-Pierre que je trouve merveilleuse…

Merci également à Michèle Cagniard, Mariane Bellery, etc., pour leurs appels téléphoniques.

INFO-MINUTE concernant le fonctionnement de ce Carnet de Route, sur son utilité, etc : Je ne vais pas pouvoir mettre en ligne des textes et des images régulièrement, compte tenu de l’isolement de points cybers. Aussi, vais-je dicter les billets-presse par téléphone à Christine Hédou ainsi qu’aux autres Administrateurs. Vous ne devez pas attendre que ce soit spécialement moi qui écrive pour laisser vos commentaires. Ecrivez ! Chris et les autres ne font qu’attendre vos impressions, etc., pendant que je marche, ils écrivent pour vous autant que pour les enfants des écoles, etc. Vos impressions sont importantes pour les autres qui vous lisent. Nous allons nous efforcer de faire de ce Carnet de Route un outil pédagogique, didactique, relié en liens vers les informations nécessaires en compléments, etc., autant que faire se puisse. C’est de cette interactivité et uniquement de cette interactivité que peut exister et se tisser la relation aux autres.

Les gens que je vais voir, je ne les connais pas. Pourtant je vais aller voir plus de 3000 personnes, de la sorte, tout au long de cette MARCHE MARITIME. Alors, ne soyez pas timides ! Vous aussi vous avez le droit d’aller frapper à la porte des gardiens de Phare avant qu’ils ne disparaissent tous.

C’est en cela que vos commentaires sont IMPORTANTS et BIENVENUS.

Bien à vous, au plaisir de vous lire et de vous rencontrer.

Je quitte PLURIEN ce soir en direction d’ERQUY.

Bien à vous, au plaisir de vous lire
et de vous rencontrer.

www.aillet.com

Jean-François Aillet

A propos Jean-François Aillet

Sculpteur / Designer / Marcheur : Après plus de 60.000 km parcourus seul en auto-stop à travers toute l'Europe dès l'âge de 14 ans, dont un peu plus de 22.000 km parcourus à pied, une Marche Maritime de 3200 km par la côte en 6 mois de marche, 7 jours sur 7, par tous les temps avec 20 kg de matériel sur les épaules depuis le Mont-Saint-Michel jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle via le Camino del Norte, Cabo Fisterra et Muxia, 800 km parcourus à pied autour de l'île de Molène en 180 jours de marche insulaire en mer d'Iroise à la vigie des embruns, passé la cinquantaine, ça apprend la simplicité et l'humilité. Dans le cadre de BALTICA ATLANTICA, je viens de traverser l'Europe à pied depuis MUXIA jusqu'à UPPSALA. Voir : Credencial Globale. Je vous en souhaite une agréable découverte. MISE à JOUR en COURS.
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