Marche en Allemagne : Visite de la Bruder Klaus Feldkapelle

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Chapelle réalisée par l’Architecte suisse Peter Zumthor :
La Bruder Klaus Feldkapelle, un bijou architectural
qu’il faut aller voir un jour…

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Vidéo : Construction

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La chapelle du fermier

GUY DUPLAT, extrait de l’article publié le

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A Wachendorf, au sud de Bonn, se dresse une petite chapelle, comme un donjon au milieu des champs, sur un promontoire d’où l’on peut embrasser le doux paysage vallonné de l’Eifel. Ouverte, il y a juste un an, elle attire déjà de très nombreux visiteurs dont des amoureux de l’architecture contemporaine venus du Japon et des Etats-Unis ! A la grande surprise des villageois qui y ont d’abord vu le travail d’un « fada ».

La chapelle de Peter Zumthor vaut le détour : son architecture comme l’histoire de sa construction sont assez extraordinaires.

Il y avait une fois, un riche fermier local, Herman-Josef Scheidtweiler qui voulait remercier le ciel de sa réussite (il a longtemps dirigé l’association des agriculteurs chrétiens) et construire sur ses champs une chapelle à la gloire de « Bruder Klaus », alias Nikolaus von der Flüe (1417-1487), un mystique suisse, fermier, qui, à 45 ans, abandonna son épouse et ses 12 enfants (avec leur consentement dit la légende), pour devenir ermite et vivre uniquement d’hosties. Il joua un rôle de conseiller dans l’élaboration de la Suisse et des liens entre les cantons. Ce « Bruder Klaus » est le « saint patron » du fermier.

Comme un tipi indien

Le fermier découvre il y a près de dix ans dans le journal local, que le grand architecte suisse Peter Zumthor est à Cologne pour reconstruire entièrement le « Kolumba », le musée diocésain (le musée a été inauguré il y a un an et est splendide). Il lui écrit pour qu’il réalise sa chapelle. Mais l’architecte répond qu’il est trop cher. Quelques jours plus tard, Zumthor change d’avis et déclare qu’il est prêt à faire la chapelle gratuitement car sa mère, elle aussi, voue un culte à « Bruder Klaus ».

Rien ne se passe dans les années suivantes et le fermier, un peu intrigué, reprend contact avec Zumthor qui lui dit qu’il est justement en train de finaliser un projet d’une chapelle faite de matériaux locaux, et à construire par le fermier, sa famille et ses amis.

La construction peut démarrer en 2005 avec 112 troncs d’arbres de 12 m de haut (des pins) que Zumthor rassemble en un tipi géant, comme le font les Indiens. Dedans, une sorte d’antichambre débouche sur une pièce en forme de goutte, ou d’estomac, et au sommet, une échappée donne sur le ciel et laisse entrer la pluie. Zumthor fait recouvrir le sol de plomb pris aux mines voisines et entoure le tout de 500 m3 de béton. Un coffrage est placé et le béton est coulé en 24 couches de 50 cm (12 m de haut au total). Un béton fabriqué à la main, sur place, par le fermier et ses proches, avec le gravier, le sable et le ciment local. La tour apparaît sobre, de forme pentagonale légèrement dissymétrique avec une petite entrée triangulaire. Un donjon qui se détache au loin sur les collines.

Zumthor demande alors de mettre le feu aux troncs jusqu’à les réduire en cendres. On évacue ensuite les restes et le résultat est étonnant : les troncs ont laissé leurs marques sur le béton : une surface crénelée et noircie par la suite. Sur le sol, le plomb fondu a dessiné des courbes aléatoires. Et dans les trous des étançons qui ont servi à maintenir le béton, Zumthor fait placer 350 yeux de verre qui amènent un peu de la lumière extérieure et font office de vitraux. Une lourde porte métallique triangulaire, laissant un jour, ferme ce qui ressemble à une cellule de méditation ou une grotte d’ermite.

Les champs, dans l’oeuvre

L’intérieur, tout petit, a juste un banc, quelques cierges et une sculpture contemporaine de « Bruder Klaus » avec une relique. L’intérieur est en plein contraste avec l’extérieur. Une banquette extérieure de béton permet aux voyageurs de se reposer.

Interloqués, certains villageois ont porté plainte pour construction illégale, mais le juge a donné raison au fermier, car une chapelle (consacrée de plus par l’évêque) peut être construite dans les champs. Inaugurée en mai 2007, la chapelle a vite attiré du monde, au point que le village a dû implanter un parking de fortune, avec toilettes et kiosque, loin de la chapelle mais au départ du chemin qui y mène (les champs font partie de la chapelle). Une oeuvre petite et étrange, forte et spirituelle, que l’on peut visiter en cumulant avec la découverte d’un ou l’autre des nouveaux musées allemands proches : le Kolumba à Cologne de Zumthor, le musée Max Ernst à Brühl ou le tout nouveau musée Arp de Richard Meier à Remagen, au bord du Rhin.

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Bien à vous, au plaisir de vous lire
et de vous rencontrer.

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Jean-François Aillet

À propos de Jean-François Aillet

Sculpteur : Après plus de 50.000 km parcourus seul en auto-stop à travers toute l'Europe dès l'âge de 14 ans, dont un peu plus de 15.000 km parcourus à pied, une Marche Maritime de 3200 km par la côte en 6 mois de marche, 7 jours sur 7, par tous les temps avec 20 kg de matériel sur les épaules depuis le Mont-Saint-Michel jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle via le Camino del Norte, Cabo Fisterra et Muxia, 800 km parcourus à pied autour de l'île de Molène en 180 jours de marche insulaire en mer d'Iroise à la vigie des embruns, passé la cinquantaine, ça apprend la simplicité et l'humilité. Voir : Credencial Globale. Je vous en souhaite une agréable découverte.
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