Simplement avec quelques grains…

26/04/2007
10:13:03

26/04/2007
10:30:32

26/04/2007
10:30:40

L’aiguille du Midi, en téléphérique, à côté, c’est rien !!! Ce n’est rien car personne n’est encore jamais y monter de la sorte 110 kilogrammes de sables arrivés de toute la planète : de l’île de Pâques, des  îles Kerguelen, du Japon, du Brésil, etc. Je regarde ce filin d’acier et je me dis que les moines qui ont mis en place cet édifice avaient une vision du monde que nous avons totalement perdu maintenant…

26/04/2007
10:12:43

Acheminement des 110 premières collectes arrivées au sommet du Mont-Saint-Michel …Les sables commencent à trouver leurs stèles…

27/04/2007
15:03:29

L’alignement s’installe dans ce grand espace chargé d’histoire(s)…

27/04/2007
15:03:50

Les premiers touristes s’arrêtent
pour découvrir le mystère de cette installation…

27/04/2007
15:47:1

Un rendez-vous avec l’Archange
(rarement photographié sous cet angle)

27/04/2007
15:48:18

Premières vagues de touristes découvrant l’installation en passant là vraiment comme des vagues d’un flux qui ne cesse jamais depuis des années et des années. Un flux qui aide à comprendre tout le travail au quotidien de toute l’équipe des Monuments Nationaux. Je suis monté sur le sommet du socle de l’Archange, j’ai remué la poussière du lieu en y accrochant le panneau du triptyque du Glaneur et de la Glaneuse de sable que j’ai placé à la droite de l’Archange. Des grains de poussière en mouvement dans l’espace sont venus obstruer l’objectif de l’appareil photographique. La poussière du temps figée devant les visiteurs découvrant les sables pour la première fois…

27/04/2007
15:48:34

Des chiffres et des nombres découverts au hasard pendant l’installation…

27/04/2007
15:48:42
Un vide entre deux flux de touristes avant la rencontre…

27/04/2007
15:48:55
Des cartons de sables, des bouteilles, des boîtes…

27/04/2007
20:22:29

La rencontre se prépare dans quelques heures. Je n’ai pas dormi depuis des heures, deux jours d’installation à raison de 18 heures de travail par jour et demain la rencontre pendant que les collecteuses et collecteurs de sables s’apprêtent à prendre la route, des trains, des péages d’autoroutes, etc.

27/04/2007

L’espace du Cellier semble s’être rempli d’un temps sans mesure…

27/04/2007

L’espace du Cellier semble retenir le temps…

27/04/2007

Difficile de dire ce qui le retient…

27/04/2007

L’éternel ne saurait se limiter au numéraire… Il aura fallu deux jours pour tout monter, installer, pour uniquement 4 heures de rencontres au Cellier et 2h30 à 15 personnes pour tout désinstaller le dimanche 29 avril 2007. A 16h30, tout était désinstallé, redescendu et reconditionné dans la remorque.

27/04/2007

L’Archange semble veiller sur tous ces sables
sans qu’aucun grain ne puisse lui échapper avant l’arrivée des invités…

Je suis rendu à ce jour à 6 mois de Marche Maritime et 3200 km parcourus à pied le long de la façade française et espagnole via le Tro Breiz, la Voie de Soulac et le Camino del Norte. Bientôt, j’en serai rendu à 5 mois de résidence d’écriture sur l’île de Molène où je vais approcher les 800 km de marche à raison de deux fois le tour de l’île tous les jours. J’ai maintenant dépassé les 400 pages d’écriture. Comment je vais ? Je ne sais pas ?

La mer, réalité, isole les terriens de ce qui ne peut s’en percevoir au départ mais n’apparaître qu’après plusieurs mois. C’est en cela et c’est dans l’isolement que les retraites sont nécessaires et salvatrices car elles permettent d’aller très au fond des choses afin de faire l’expérience par l’apprentissage et non simplement le survol. Mais il est vrai que ce n’est pas sans risque…

Jusqu’ici ça va mais, JE FAIS GAFFE, car j’ai vu apparaître dans mon seuil de rupture, ces derniers temps, quelques défaillances comme de la suffocation, claustrophobie, réaction négative au silence absolu comme un assourdissement. Février a été sur l’île de Molène un mois particulièrement calme, mer d’huile, plate, sans vent pendant presque trois semaines, pas une ride, pas un souffle de vent, pas une turbulence, ce qui a eu pour effet de provoquer des nuits sans bruit, sans souffle, et la nuit lorsqu’il n’y a pas de bruit, lorsque l’on n’entend rien, le silence devient sourd, fait bourdonner les oreilles jusqu’à l’épuisement de ne plus supporter l’espace qui se vide de toute substance.

Le deuxième effet est à double sens d’EQUILIBRE/déséquilibre après pratiquement une année parti vivre 24h/24 au contact de la mer, à moins de 50 m du bord de la mer, tous les jours : 6 mois à marcher le long de la façade / 6 mois à marcher en rond autour d’une île plus petite que toutes les autres, une île où il n’y a rien, pas d’arbre ou si peu, pas de couleurs autres que celle de l’herbe et de l’eau, pas de voiture, pas de vélos, pas de mobylette, pas de jeunes, pas de Pub, pas de filles, pas de musique dans la rue, pas d’odeurs de cuisine, pas de paëllas…

Après 900 km à avoir marché en Espagne, cette Espagne, si magiquement remplie de vie, me manque en regard de Molène où il n’y a tellement rien que cela en fait une île bien nommée : l’île chauve et dont le dicton : “…qui va à Molène connaît sa peine”, lui va à merveille.

Le plus difficile à y supporter, c’est le silence, après c’est l’absence. Alors, oui, l’amer fait vite tourner en rond. J’en ai croisé quelques uns dans la rue qui parlent tout seul, d’autres qui ne disent plus rien, pas même bonjour, juste le timbre d’un hochement de tête qui rend alors le silence encore plus pesant. D’autres qui racontent des choses qui ressemblent à des histoires d’échoueurs où le peu rien possédé par les uns agite les convoitises d’histoires ou de matière, matériel, et les êtres se font alors échoueurs dans l’âme par atavisme. Tout être qui se dépasse et dépasse les autres dans la transgression finit vivant comme mort par s’attirer des rumeurs, des histoires et des légendes au point de ne plus savoir que croire sinon la quête de la vérité parfois souvent dissimulée derrière le piège des lanternes accrochées aux cornes des vaches. Venant de Normandie, encore une chose dont je ne savais pas à quel point elles me manqueraient ici, les vaches. Il n’y a plus un seul animal sur cette île, juste deux ou trois moutons et quelques poules. Un monde sans animaux, c’est tellement étrange.

Février fut un mois de saturation, d’épuration, de concentration où j’ai ressenti tout ce qui me manquait le plus au monde : Faire la cuisine par exemple, moi qui adore cuisiner les saveurs, les odeurs, les couleurs. Et les arbres, faire l’apprentissage de savoir à quel point les arbres peuvent manquer lorsqu’ils sont absents.

Revoir mon passage des Pyrénées – entre Hendaye et Pasaia – j’ai mis là quelques belles images de ma marche en étant passé par un chemin que peu de pèlerins prennent ici car trop physique : http://www.aillet.com/marchemaritime/archives/207 Galerie de photos : http://www.aillet.com/Marche/2008/FFE/index.htm

Pour le reste, en juin 2009, je vais arriver au nombre de 300 collectes. La fresque des visuels va faire une frise de 70 m de longueur. 70 m de long par 30 cm de hauteur, ça va commencer à montrer ce que sont ces collectes faites par des hommes et des femmes tout autour de la planète. Je vais maintenant chercher à aller exposer cette fresque dans des endroits de circulations : Halls d’aéroports – Halls de gares – Stations de métros – Rades maritimes – Gares maritimes, etc.

A partir du mois de juin 2009, je vais être muni d’un outil de communication indiscutable qui va permettre de voir et de vérifier dans son ensemble tout le sérieux de ces collectes. Là, dès lors que je vais trouver des endroits probants où pouvoir aller exposer cette fresque de façon itinérante et temporaire, la communication générale du bouche-à-oreilles va s’enclencher.

Le plus important va être maintenant que je puisse aller exposer cette fresque en dehors de France pour la confronter et la mesurer à d’autres cultures donc d’autres réactions et d’autres comportements. Toutes les personnes venues à la rencontre que j’ai pu organiser au Mont-Saint-Michel ont été impressionnées par tous ces sables alors il n’y a pas de raison pour que cela ne produise pas la même sensation ailleurs. C’est juste une question de temps, je crois…

Quand je vais avoir accroché quelque par cette frise de 70 m, elle va presque être aussi longue que la Tapisserie de Bayeux. Je sais par expérience qu’une telle frise marque les esprits tant dans le visuel que dans le rapport au corps et à l’espace que cela fait entreprendre en déambulation. Et dans les halls de gares ou d’aéroports, les gens n’ont justement rien d’autre à faire qu’à devoir attendre donc ils ont besoin qu’on les occupe pendant ce temps avec quelque chose d’original. Si j’arrive à accrocher cette fresque dans de tels lieux, ça va peut-être pouvoir le faire…

Ce sera la prochaine étape. Voilà ce que je suis venu préparer à Molène. Le livre fait partie de cet ensemble, bien que plus long à faire émerger.

Jusqu’ici ça va ! Cela étant je vais essayer d’être vigilant car j’ai bien senti que ces derniers mois je suis allé bien au-delà de mes limites. Saint-Jacques-de-Compostelle en était une. Faire le Tro Breiz avant et en même temps que de faire Saint-Jacques en était une autre. M’isoler sur une île pendant une durée aussi longue que la marche en est une supplémentaire.

J’emmène l’écriture sur l’île de Molène jusqu’au 30 avril. Après je rentre en Normandie pour me reposer et poursuivre tranquillement l’écriture jusqu’à ce qu’elle soit achevée en me disant que ce sera fini quand ce sera fini. L’important et la chose prioritaire maintenant est que je puisse faire venir les sables mythiques. Les 70 m de cette fresque y seront pour quelque chose.

Mais jusqu’ici, ça va, ça va !

Je ne sais pas vraiment comment je vais mais ça va ! J’en suis ces derniers jours à revisiter au quotidien tous les visuels de cette rencontre au Cellier de l’abbaye du Mont-Saint-Michel afin d’aborder objectivement ce chapitre d’écriture. Hier, je me suis aperçu que j’ai passé toute mon enfance dans un tout petit village que je croyais sans aucune histoire jusqu’à ce que je me rende compte que le clocher de son église était classé depuis 1910 au Patrimoine des Monuments nationaux, un clocher du XIIe siècle situé depuis Caen sur la route du pèlerinage du Mont-Saint-Michel. Cela m’a intrigué alors j’y ai passé la nuit dans les archives des Monuments nationaux pour en savoir plus… D’une île en hiver, entre quelques promenades dans le port, quelques photos prises à la volée à marée basse, j’ai revisionné cette église de mon enfance…

Bien à vous, au plaisir de vous lire.

JFA
www.aillet.com

Jean-François Aillet

A propos Jean-François Aillet

Sculpteur / Designer / Marcheur : Après plus de 60.000 km parcourus seul en auto-stop à travers toute l'Europe dès l'âge de 14 ans, dont un peu plus de 22.000 km parcourus à pied, une Marche Maritime de 3200 km par la côte en 6 mois de marche, 7 jours sur 7, par tous les temps avec 20 kg de matériel sur les épaules depuis le Mont-Saint-Michel jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle via le Camino del Norte, Cabo Fisterra et Muxia, 800 km parcourus à pied autour de l'île de Molène en 180 jours de marche insulaire en mer d'Iroise à la vigie des embruns, passé la cinquantaine, ça apprend la simplicité et l'humilité. Dans le cadre de BALTICA ATLANTICA, je viens de traverser l'Europe à pied depuis MUXIA jusqu'à UPPSALA. Voir : Credencial Globale. Je vous en souhaite une agréable découverte. MISE à JOUR en COURS.
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