Cloître d’écriture : 3ème Ravitaillement arrivé

Mon Papa & Ma Maman

Mécènes du “Solitaire… des marées”
Collecte N° 0087

Arrivage au 18ème jour de Cloître d’écriture…

Au 18ème jour de Cloître d’écriture

Depuis l’Île de Molène…

Je remercie mon Papa et ma Maman de m’aider à ne pas perdre le Nord. Ils m’ont donné mon Passé, mon Présent et mon Futur. Aussi, lorsque j’ai eu à organiser la présentation des 110 premières collectes arrivées du monde entier au sommet du Mont-Saint-Michel, au Cellier de l’Abbaye, au pied de l’Archange Saint-Michel, je leurs avais demandé, pour marquer cette occasion rare et unique, de me faire une collecte symbolique, une collecte un peu particulière : Ils m’avaient alors collecté leur sable sur la ligne du temps Zéro du Méridien de Greenwich, sur la ligne du temps universel. Ils m’ont donné le temps, l’espace, tout leur amour et tellement plus encore, qu’il était normal qu’une telle collecte leur revienne.

Revoir cette collecte particulière : La N°0087

Pour marque ce moment tellement unique dans une vie, quand j’ai eu à préparer la scénographie, la disposition et la mise en place de la 1ère Rencontre internationale spéciale “Le Solitaire… des marées” accueillie au Cellier de l’Abbaye du Mont-Saint-Michel par le Centre des Monuments Nationaux.

Pour marquer cette occasion si particulière et tellement unique tant dans une vie ce n’est pas tous les jours qu’un être humain peut monter et déposer comme cela 110 kilos de sables venus de toutes la planète entière au pied de l’Archange au sommet de l’un des monuments les plus visité dans le monde, j’ai accroché et disposé au sommet du Mont-Saint-Michel, autour de l’Archange Saint-Michel, ce triptyque :

PANNEAU N°1 du triptyque :

Greenwich

Format :130 X 200 cm

Présenté au Cellier de l’Abbaye à la droite de l’Archange

Mon Papa et ma Maman
Ils m’ont donné la vie,
mon Passé, mon Présent et mon Futur.

Voir : Collecte N°0087

PANNEAU N°2 du triptyque :

Glaneur & Glaneuse de sable

Format :130 X 200 cm

Présenté au Cellier de l’Abbaye à la gauche de l’Archange

Adan & Eve revisités…

Quand Jean-Michel Delambre, célèbre Dessinateur de Presse au Canard enchaîné, m’a envoyé sa collecte faite aux îles Canaries, en la découvrant je me suis dit : “Ah, cette collecte là, elle est particulière. Elle symbolise toute l’histoire de la vie.” C’est Adan & Eve revisités. Aussi, cette collecte ne pouvait aller qu’à la gauche de l’Archange.

Voir : Collecte N°0108

PANNEAU N°3 du triptyque :

MDRS 43 / Collecte Martienne

Format : 130 X 200 cm

Présenté au Cellier de l’Abbaye à droite de l’Archange

La collecte de la MDRS 43

Effectuée au pied de la station spatiale martienne d’entrainement MDRS 43 par l’équipage Alain Souchier, ingénieur spatial, un des concepteurs d’Ariane 4, commandant de bord de la mission, Anne Pacros, ingénieur spatial à l’ESA, Pierre Brulhet, architecte dplg, Richard Heidmann, ingénieur spatial, président de Planète Mars, Olivier Walter, architecte dplg, Jeremie Geoffray, étudiant ingénieur et Loïc de la Mornay, grand reporter sur France 2, lors de la mission martienne d’entrainement MDRS 43 pour le projet Mars. Là, je me suis dit en recevant cette collecte : Le Mont-Saint-Michel est une véritable soucoupe volante du Moyen Âge posée dans une baie. Je viens de recevoir une collecte qui m’a été envoyée par les scientifiques les plus pointus et les plus chevronnés de notre époque qui s’entraînent avec la Nasa pour aller sur Mars afin d’y découvrir s’il y a de la vie et approfondir nos connaissances sur les origines de la vie. Là, cette collecte ne pouvait que se retrouver à la droite de l’Archange au sommet du Mont-Saint-Michel.

Voir : Collecte N°0096

Au 18ème jour de Cloître d’écriture

sur l’Île de Molène…

Voici, pour rappel, ce que je suis allé faire en avril 2007 au Mont-Saint-Michel et pourquoi je suis ensuite reparti du Mont-Saint-Michel le 1er avril 2008 pour aller marcher pendant 3200 km jusqu’à MUXIA. J’ai fait cela pour aller marcher jusqu’à LA COSTA DA MORTE, pour aller jusqu’au Sanctuaire de la Vierge de la Barque situé au bout de la RUA REAL à MUXIA.

Si tout cela peut sembler difficile d’accès, voire même paraître quelque peu hermétique, à quelques personnes, il faut bien comprendre que tout cela a un sens. Je ne suis pas sur n’importe quelle terre, ici, à Molène. Je suis sur une terre qui, il n’y a pas si longtemps de cela, était cultivée par les moines. Ces moines cultivaient la terre de Molène pour une Abbaye située non loin de là, l’Abbaye Saint-Mathieu, située à la pointe Saint-Mathieu, à la pointe du finistère breton. A une autre pointe, à la pointe de La COSTA DA MORTE, à la pointe de cette Galice, est situé ce Sanctuaire de la Vierge de la Barque. Je suis donc, tout naturellement, après avoir monté au pied de l’Archange Saint-Michel les 110 premières collectes arrivées, allé, depuis les pieds de l’Archange, voir sur toute la façade Atlantique jusqu’au Sanctuaire de la Vierge de la Barque, tous les monastères, toutes les Abbayes, tous les lieux de cultes, tous les lieux chargés d’énergie. Je n’avais pas prévu au retour de me retrouver ici sur l’île de Molène. C’est cette marche qui est venue apporter cela. Est-ce un hasard ? Qui est Sainte Anne ?

En attendant de recevoir progressivement toutes les autres collectes qui vont arriver car elles vont arriver, c’est ce dont je m’en vais maintenant parler en écriture. Je m’attaque à présent au vif du sujet de cette écriture. Aussi n’ai-je pas vraiment le temps de me faire à manger ni même de m’attarder trop autour de la table. C’est en quoi ces colis qui me sont envoyés avec tant de générosité et tellement d’amour me sont importants. J’ai des choses à écrire qui ne sont pas franchement ce que les journalistes appellent des “pérégrinations”.

J’adresse un immense MERCI à mon Papa et à ma Maman que j’embrasse très très fort, pour le projet “Le Solitaire… des marées”, pour ce nouveau geste de leur part, tellement humain, pour leurs dire et pour les assurer que je ne vais pas perdre le Nord.

Et pour ce qui est des Madeleines, je ne peux m’empêcher de faire cet ajout :

LE TEXTE CÉLÈBRE DE LA MADELEINE

…/… II y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. II m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. II est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. […] Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? pas seulement : créer. II est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière. Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu, qui n’apportait aucune preuve logique, mais l’évidence, de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s’évanouissaient. Je veux essayer de le faire réapparaître. Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé. Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle. Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s’enfuit. Et, pour que rien ne brise l’élan dont il va tâcher de la ressaisir, j’écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j’abrite mes oreilles et mon attention contre les bruits de la chambre voisine. Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désancré, à une grande profondeur ; je ne sais ce que c’est, mais cela monte lentement ; j’éprouve la résistance et j’entends la rumeur des distances traversées. Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l’image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu’à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément ; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l’insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne peux distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m’apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s’agit. Arrivera-t-il jusqu’à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l’instant ancien que l’attraction d’un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi ? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être ; qui sait s’il remontera jamais de sa nuit ? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute oeuvre importante, m’a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d’aujourd’hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine. Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes – et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot – s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann, 1913.

…/…

Bien à vous, au plaisir de vous lire.

JFA
www.aillet.com

Jean-François Aillet

A propos Jean-François Aillet

Sculpteur / Designer / Marcheur : Après plus de 60.000 km parcourus seul en auto-stop à travers toute l'Europe dès l'âge de 14 ans, dont un peu plus de 22.000 km parcourus à pied, une Marche Maritime de 3200 km par la côte en 6 mois de marche, 7 jours sur 7, par tous les temps avec 20 kg de matériel sur les épaules depuis le Mont-Saint-Michel jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle via le Camino del Norte, Cabo Fisterra et Muxia, 800 km parcourus à pied autour de l'île de Molène en 180 jours de marche insulaire en mer d'Iroise à la vigie des embruns, passé la cinquantaine, ça apprend la simplicité et l'humilité. Dans le cadre de BALTICA ATLANTICA, je viens de traverser l'Europe à pied depuis MUXIA jusqu'à UPPSALA. Voir : Credencial Globale. Je vous en souhaite une agréable découverte. MISE à JOUR en COURS.
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